Gestion de la douleur pendant l’accouchement : quelles options non pharmacologiques sont réellement efficaces ?

Les contractions deviennent plus intenses et vous vous demandez quoi faire pour mieux gérer la douleur : chaleur, bain, massage, TENS, points de pression, respiration, peigne, visualisation… Les possibilités sont nombreuses, mais elles ne reposent pas toutes sur le même niveau de données scientifiques.

Les méthodes non pharmacologiques de gestion de la douleur pendant l’accouchement peuvent agir de plusieurs façons. Certaines fournissent une autre information sensorielle au système nerveux, comme la chaleur, le massage, la contre-pression ou le TENS. D’autres agissent davantage sur l’attention, la relaxation, le sentiment de sécurité ou la capacité à composer avec les sensations, comme la respiration, la visualisation ou l’environnement.

Elles ne remplacent pas nécessairement les options pharmacologiques. Elles peuvent être utilisées seules, combinées entre elles ou associées à une analgésie pharmacologique.

Et surtout, une stratégie n’a pas besoin de faire disparaître la douleur pour être utile.

Dans mes rencontres de préparation à l’accouchement, c’est d’ailleurs une distinction que tiens à expliquer à mes patientes. Une personne peut toujours ressentir une contraction très intense tout en se sentant davantage capable de la traverser. Diminuer la douleur, diminuer la détresse liée à la douleur et augmenter le sentiment de contrôle ne sont pas tous la même chose.

Pourquoi peut-on influencer la douleur même si les contractions continuent ?

La contraction utérine, la dilatation du col, les pressions exercées dans le bassin et l’étirement des tissus produisent des informations sensorielles réelles. Mais l’expérience finale de la douleur résulte du traitement de ces informations par le système nerveux et peut être influencée par de nombreux éléments : les autres sensations présentes, l’attention, la fatigue, le stress, le sentiment de sécurité et le contexte.

C’est ce qui explique qu’une stratégie puisse modifier l’expérience d’une contraction sans modifier la contraction elle-même.

La théorie du portillon est parfois utilisée pour expliquer ce phénomène : une stimulation tactile, thermique ou électrique peut influencer la transmission des informations douloureuses. Aujourd’hui, nous savons que la modulation de la douleur est beaucoup plus complexe et implique des mécanismes périphériques, médullaires et cérébraux., c’est-à-dire des mécanismes qui interviennent à différents niveaux du système nerveux. Le principe reste néanmoins utile pour comprendre pourquoi ajouter une autre information sensorielle peut modifier la perception de la douleur.

Dans ma pratique, je l’explique souvent très simplement : lorsque la contraction est la seule sensation extrêmement intense présente, elle occupe énormément d’espace dans notre esprit. Si l’on ajoute une pression importante au sacrum, de la chaleur, une stimulation électrique ou une autre sensation contrôlée, le système nerveux reçoit maintenant plusieurs informations à traiter.

Cela ne veut pas dire que la contraction disparaît. L’expérience peut simplement changer.

Quelles méthodes sont les mieux soutenues par les données scientifiques ?

Il faut être prudent avec l’expression « ça fonctionne ». Une étude peut mesurer l’intensité de la douleur, une autre le recours à la péridurale, une autre la satisfaction ou le sentiment de contrôle. Les interventions et les populations varient également beaucoup.

Voici donc un aperçu volontairement nuancé.

Option Confiance dans les données Ce que les recherches suggèrent
Massage Modérée pour la douleur au premier stade Peut diminuer la douleur et améliorer le sentiment de contrôle
Chaleur Faible à modérée Effet favorable probable sur la douleur
Eau, bain ou douche Modérée Peut favoriser le confort et réduire la douleur
Contre-pression Données limitées comme intervention isolée Souvent intégrée au massage et au soutien physique
TENS Faible Peut diminuer la douleur chez certaines personnes
Acupression Faible à modérée selon le point et l’étude Effet possible, particulièrement étudié pour LI4 et SP6
Respiration et relaxation Faible à très faible selon les résultats Peuvent aider à gérer les sensations et favoriser la relaxation
Visualisation, méditation et hypnose Faible à modérée Résultats encourageants mais hétérogènes
Musique et environnement Faible à modérée Peuvent agir sur l’anxiété, l’attention et l’expérience de la douleur
Peigne Données directes insuffisantes Mécanisme sensoriel plausible, efficacité spécifique non établie
Soutien continu Relativement solide pour plusieurs résultats Améliore plusieurs aspects du travail et de l’expérience de naissance

L’OMS recommande notamment les techniques manuelles comme le massage et les compresses chaudes pour les personnes qui souhaitent un soulagement non pharmacologique. Les recommandations NICE soutiennent également la respiration, le massage, la douche ou le bain et le travail dans l’eau selon les préférences de la personne.

1. Est-ce que la chaleur aide à soulager les contractions ?

Oui, la chaleur peut diminuer la douleur du travail chez certaines personnes, et les données disponibles sont globalement favorables.

Une bouillotte, un coussin chauffant ou une compresse chaude peut notamment être appliqué dans la région lombaire ou sacrée selon l’endroit où les sensations sont les plus inconfortables.

Comment la chaleur peut-elle diminuer la douleur ?

La chaleur apporte une stimulation thermique importante au système nerveux et peut modifier le traitement des informations douloureuses. Elle peut également contribuer au relâchement musculaire et procurer une sensation de confort.

Une méta-analyse portant sur les interventions thermiques pendant le travail a retrouvé une diminution de l’intensité de la douleur au premier stade. L’OMS recommande également l’application de chaleur parmi les techniques manuelles pouvant être proposées selon les préférences de la personne. (PubMed)

Confiance dans les données : faible à modérée, mais effet globalement favorable.

Ce que j’explique en préparation à l’accouchement

Je conseille rarement de décider à l’avance que « la chaleur sera ma méthode ». Je préfère qu’elle fasse partie des options disponibles.

Certaines personnes veulent une chaleur diffuse dans le bas du dos. D’autres découvrent pendant le travail qu’elles préfèrent une pression beaucoup plus forte ou qu’elles ne veulent plus du tout être touchées.

L’objectif est d’avoir suffisamment d’options pour pouvoir changer.

2. Bain ou douche pendant le travail : est-ce vraiment efficace ?

La douche et l’immersion dans l’eau font partie des options non pharmacologiques les plus intéressantes pour la gestion de la douleur.

L’eau combine plusieurs éléments : chaleur, stimulation sensorielle sur une grande surface corporelle, sensation d’enveloppement et, en immersion, diminution relative de la charge du corps.

Cela peut également faciliter les changements de position.

Une revue systématique et méta-analyse portant sur l’immersion pendant le travail rapporte plusieurs résultats favorables concernant les interventions utilisées pendant le travail et certains résultats maternels. NICE recommande actuellement d’offrir aux personnes qui le souhaitent la possibilité de travailler dans l’eau pour soulager la douleur. (PubMed)

Confiance dans les données : modérée et globalement favorable.

L’accès à un bain ou à une piscine dépend évidemment du lieu de naissance, de la situation obstétricale et de la surveillance nécessaire. L’équipe médicale ou sage-femme pourra préciser ce qui est possible dans votre situation.

3. Quel massage peut aider pendant les contractions ?

Il n’existe pas un massage universel qui convient à toutes les personnes.

Le massage peut être lent et léger entre les contractions, plus ferme pendant celles-ci ou devenir une véritable contre-pression lorsqu’une douleur importante est ressentie dans le bas du dos.

Pourquoi le massage pourrait-il fonctionner ?

Le toucher et la pression fournissent des informations sensorielles supplémentaires au système nerveux. Un massage agréable peut également favoriser le relâchement, diminuer l’anxiété ou augmenter le sentiment d’être soutenu.

Les données sont plutôt encourageantes. L’analyse utilisée par l’OMS retrouvait des données de certitude modérée suggérant une réduction de la douleur au premier stade du travail chez les personnes recevant un massage. Le sentiment de contrôle pourrait également être amélioré, bien que les données pour plusieurs autres résultats soient moins certaines.

Confiance dans les données : modérée pour la douleur au premier stade; plus faible pour plusieurs autres résultats.

Dans ma pratique : « plus fort » peut parfois être plus confortable

C’est quelque chose qui surprend parfois les personnes accompagnantes : pendant une contraction, un toucher délicat n’est pas toujours ce qui est recherché.

Pour certaines personnes, une main légère devient même irritante lorsque les contractions s’intensifient. Une pression beaucoup plus ferme et stable sur le sacrum peut au contraire être appréciée.

Je recommande donc à la personne accompagnante de demander et d’ajuster, plutôt que de présumer que plus doux signifie nécessairement plus confortable.

4. Comment faire une contre-pression pendant une contraction ?

La contre-pression consiste à appliquer une pression soutenue sur une région où la personne ressent qu’elle apporte du soulagement.

Pour les sensations lombaires ou sacrées, la personne accompagnante peut utiliser la paume de la main, le talon de la main, un poing ou parfois une balle pour exercer une pression ferme sur le sacrum.

Une autre possibilité est la compression du bassin, souvent appelée hip squeeze. Une pression est appliquée de chaque côté de la partie postérieure du bassin vers l’intérieur.

Il n’existe pas nécessairement un angle ni une intensité parfaite.

La bonne pression est celle que la personne en travail veut à ce moment précis.

Dans mes rencontres, j’aime faire tester ce principe avant le travail. Ce n’est pas pour déterminer « la bonne technique » plusieurs semaines à l’avance, mais pour que la personne accompagnante comprenne à quoi ressemble une pression réellement soutenue et comment demander : « Plus fort ? Moins fort ? Plus haut ? Plus bas ? »

Cela lui donne aussi un rôle extrêmement concret lorsque les contractions deviennent plus intenses.

5. Quels points de pression peuvent être utilisés pendant le travail ?

Il faut distinguer la contre-pression, où l’on appuie simplement à l’endroit qui soulage, et l’acupression, où l’on stimule des points définis provenant des systèmes traditionnels d’acupuncture.

Les recherches sur l’acupression pendant le travail sont intéressantes mais hétérogènes. Une revue Cochrane conclut que l’acupression pourrait diminuer l’intensité de la douleur comparativement aux soins usuels, mais que la certitude des données varie beaucoup selon les comparaisons. (PubMed)

Une méta-analyse de 2026 portant spécifiquement sur LI4 retrouve également un effet favorable sur la douleur, mais les auteurs soulignent encore l’importance de standardiser les protocoles. (PubMed)

Je privilégierais donc les points les plus étudiés, plutôt que de présenter une longue liste de points traditionnels comme s’ils bénéficiaient tous du même niveau de preuve.

Illustration des points d’acupression LI4 sur la main, SP6 près de la cheville, BL32 au bas du dos et GB21 sur l’épaule, présentés parmi les options de gestion de la douleur pendant l’accouchement.

Quatre points d’acupression parfois utilisés pendant le travail : LI4, SP6, BL32 et GB21. L’illustration sert de repère visuel; l’emplacement et la façon d’appliquer la pression peuvent être vérifiés avec une personne formée.

LI4 — Hegu : entre le pouce et l’index

LI4 se situe sur le dos de la main, dans la région entre le premier et le deuxième métacarpien, près de la masse musculaire entre le pouce et l’index.

Une pression ferme peut être appliquée pendant la contraction.

LI4 est, avec SP6, l’un des points d’acupression les plus fréquemment étudiés pour la douleur du travail. Les méta-analyses disponibles suggèrent un effet possible sur l’intensité de la douleur. (PubMed Central (PMC))

SP6 — Sanyinjiao : face interne de la jambe

SP6 se situe sur la face interne de la jambe, approximativement quatre largeurs de doigt au-dessus de la malléole interne, derrière le bord du tibia.

Il a fait l’objet de plusieurs essais randomisés. Des études et méta-analyses retrouvent une diminution de la douleur après stimulation de SP6, mais l’ampleur de l'effet et les protocoles utilisés varient. (PubMed Central (PMC))

BL32 — Ciliao : région sacrée

BL32 se situe dans la région du sacrum, à proximité du deuxième foramen sacré postérieur, de chaque côté de la ligne médiane.

En pratique, cette région est particulièrement intéressante parce qu’elle correspond également à une zone où de nombreuses personnes apprécient naturellement une contre-pression pendant les contractions.

Un essai randomisé comparant LI4, BL32 et les soins usuels retrouvait une diminution de la douleur avec les deux points, avec un effet légèrement supérieur pour BL32 à certains moments. Il s’agissait néanmoins d’un petit essai de 105 participantes. (PubMed)

GB21 — Jianjing : haut de l’épaule

GB21 se trouve approximativement à mi-chemin entre la base du cou et l’extrémité de l’épaule.

Ce point apparaît dans certains protocoles de recherche multipoints, mais les données permettant d’isoler son efficacité sont beaucoup moins importantes que pour LI4 et SP6. (PubMed Central (PMC))

Confiance globale dans l’acupression : faible à modérée.

C’est une option raisonnable à intégrer à une boîte à outils, mais je ne la présenterais pas comme un ensemble de « points magiques » qui garantissent un soulagement.

6. Est-ce que le TENS fonctionne pendant l’accouchement ?

Le TENS peut diminuer la douleur chez certaines personnes, mais le niveau de certitude des données demeure faible.

Le TENS, ou neurostimulation électrique transcutanée, utilise des électrodes placées sur la peau afin de produire une stimulation électrique réglable.

Pendant le travail, les électrodes sont généralement positionnées dans la région du dos selon le modèle de l’appareil et les recommandations appropriées.

Comment le TENS agit-il ?

La stimulation électrique active des fibres sensitives et peut influencer la transmission et la modulation des informations douloureuses.

Il offre également quelque chose d’intéressant : une sensation que la personne peut contrôler elle-même.

Je l’explique souvent comme une nouvelle information envoyée au système nerveux. La contraction est toujours là, mais elle n’est plus la seule stimulation importante présente.

Avec certains appareils obstétricaux, la personne peut également augmenter rapidement l’intensité au début d’une contraction puis revenir à une intensité plus faible entre les contractions. Cette participation active peut être appréciée indépendamment de l’effet purement analgésique.

Que disent les études en 2026 ?

Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2026 conclut que des données de faible certitude suggèrent que le TENS peut diminuer l’intensité de la douleur au premier stade du travail. Les auteurs soulignent cependant plusieurs limites méthodologiques et une hétérogénéité importante. (Frontiers)

NICE demeure prudent et indique qu’il existe peu de données démontrant son efficacité pendant le travail établi, tout en recommandant de soutenir les personnes qui souhaitent l’utiliser. (Nice)

Confiance dans les données : faible.

Autrement dit : le TENS peut être intéressant à essayer, mais il est impossible de garantir qu’il sera suffisamment efficace pour une personne donnée.

Il ne doit pas être utilisé dans l’eau et son utilisation doit respecter les recommandations du fabricant et de l’équipe de soins.

7. Est-ce que l’utilisation du peigne pendant l’accouchement fonctionne réellement ?

Vous avez peut-être vu cette stratégie sur les réseaux sociaux : tenir un peigne dans la main et serrer ses dents contre la paume pendant la contraction.

Quel serait le mécanisme ?

La logique est plausible. Le peigne produit une stimulation sensorielle assez forte dans une région éloignée de la contraction. Cette stimulation peut attirer l’attention et ajouter une information concurrente traitée par le système nerveux.

Cela ressemble donc, sur le plan conceptuel, à certaines autres stratégies de modulation sensorielle.

Mais un mécanisme plausible n’est pas une preuve d’efficacité clinique.

À l’heure actuelle, les données directes de bonne qualité évaluant spécifiquement le peigne pendant le travail sont insuffisantes pour affirmer qu’il diminue réellement la douleur.

Confiance dans les données : très faible ou données directes insuffisantes.

Comme je dit à mes patientes en préparation à l’accouchement, si vous avez un peigne et que de le serrer vous aide à traverser une contraction, il n’a pas besoin d’avoir gagné une méta-analyse pour avoir sa place dans votre boîte à outils.

8. Comment respirer pendant les contractions ?

Il n’existe probablement pas une respiration parfaite à reproduire pendant tout le travail.

L’objectif d’une respiration contrôlée est surtout d’offrir un point de repère, d’éviter une tension inutile et de faciliter la gestion de la contraction.

L’OMS inclut les techniques respiratoires parmi les techniques de relaxation évaluées pendant le travail. Les données disponibles restent de certitude faible ou très faible pour plusieurs résultats, mais les recommandations cliniques soutiennent leur utilisation lorsque la personne les apprécie.

Ce que j’utilise dans ma pratique

Je préfère généralement une consigne simple à une séquence respiratoire complexe.

Une inspiration confortable, suivie d’une expiration plus longue et relâchée, peut aider à diminuer les tensions qui ne sont pas nécessaires.

J’attire souvent l’attention sur la mâchoire, les épaules et les mains. Si la personne se rend compte qu’elle serre les poings, remonte les épaules et contracte tout son visage à chaque contraction, l’expiration peut simplement devenir le moment où elle essaie de relâcher ce qu’elle peut.

Le but est surtout d’utiliser la respiration de pouvoir utiliser la respiration comme outil pour détendre le corps.

9. Peut-on modifier la perception d’une contraction avec les mots ?

Parfois, oui.

Et cela ne signifie absolument pas nier la douleur.

Dans ma pratique, je propose parfois aux personnes d’explorer la façon dont elles décrivent ce qu’elles ressentent.

Certaines personnes trouvent le mot « douleur » parfaitement juste et utile. D’autres remarquent qu’elles vivent certaines contractions davantage comme une pression très intense, une vague, une tension ou une sensation qui monte puis redescend.

Pour ces personnes, modifier le vocabulaire peut changer légèrement l’interprétation donnée à la sensation.

Cela permet d’observer la sensation avant de lui ajouter automatiquement une signification menaçante.

Ce principe se rapproche des approches basées sur l’attention, la pleine conscience et certains outils cognitivo-comportementaux utilisés dans d’autres contextes de douleur.

10. Visualisation, imagerie mentale et méditation : est-ce seulement psychologique ?

« Psychologique » ne signifie pas « imaginaire ».

L’attention, les émotions, les attentes et le contexte font partie intégrante des mécanismes de la douleur.

Visualisation et imagerie mentale

Une personne peut imaginer une vague qui monte puis redescend, un lieu familier, une image associée à la sécurité ou simplement le mouvement de la respiration.

La fonction principale est souvent de fournir un point d’attention différent de l’anticipation de la douleur de la prochaine contraction.

Méditation et pleine conscience

La pleine conscience cherche davantage à observer les sensations présentes plutôt qu’à lutter mentalement contre elles.

Pendant le travail, cela peut simplement devenir : cette contraction-ci, puis la pause.

Plutôt que de penser : « Comment vais-je supporter encore quatre heures ? », l'attention revient à ce qui se passe maintenant.

Hypnose et autohypnose

L’hypnose utilise des techniques plus structurées de relaxation, de focalisation de l’attention et de suggestion.

Une méta-analyse de 2024 sur différentes interventions corps-esprit retrouvait des résultats encourageants, notamment pour l’hypnose et la pleine conscience, mais avec une hétérogénéité importante entre les études. Une autre revue de l’entraînement prénatal à l’hypnose n’a cependant pas retrouvé de diminution claire du recours à la péridurale. (PubMed)

Confiance dans les données : faible à modérée et variable selon la méthode et le résultat étudié.

11. Pourquoi l’environnement peut-il influencer la douleur ?

Une personne n’expérimente pas ses contractions dans le vide.

Le bruit, la lumière, les conversations, le nombre de personnes présentes, la température, les interruptions, l’intimité et surtout le sentiment de sécurité peuvent influencer l’état d’alerte et l’attention.

Cela ne signifie pas qu’une lumière tamisée va « déclencher l’ocytocine » ou garantir un travail plus rapide. Ce type de raccourci est trop simpliste.

En revanche, il est cohérent avec notre compréhension de la douleur que se sentir observé, inquiet ou constamment interrompu ne produise pas la même expérience que se sentir soutenu, en sécurité et capable de contrôler certains aspects de son environnement.

Dans ma pratique

L’environnement fait partie de la boîte à outils.

Je demande parfois aux personnes de penser à ce qui les aide normalement lorsqu’elles vivent quelque chose de physiquement intense.

Certaines veulent du silence. Certaines mettent toujours de la musique. Certaines ont besoin d’entendre leur personne accompagnante parler. D’autres ne veulent absolument pas qu’on leur pose des questions pendant une contraction.

Ces informations peuvent sembler secondaires pendant la grossesse. Elles deviennent pourtant extrêmement utiles pour la personne accompagnante le jour du travail.

NICE recommande notamment de soutenir l’utilisation de la musique choisie par la personne pendant le travail. Les revues systématiques sur la relaxation suggèrent que la musique et d’autres techniques pourraient aider à gérer la douleur, même si la certitude globale des données reste faible. (Nice)

12. Bouger et changer de position peut-il diminuer la douleur ?

Oui, pour certaines personnes, parce qu’un changement de position modifie les contraintes, les pressions et les informations sensorielles provenant du corps.

Marcher, se pencher vers l’avant, s’appuyer sur une surface, s’agenouiller, se mettre à quatre pattes, utiliser un ballon ou simplement déplacer les hanches permet également de rechercher activement une position plus confortable.

Je trouve important de ne pas transformer cela en nouvelle règle.

Il n’existe pas une position « correcte » pour gérer le travail.

La position appréciée à 15 h peut être complètement intolérable à 16 h.

Dans mes rencontres, l’objectif est donc surtout de développer des repères et plusieurs possibilités, plutôt que de mémoriser dix positions à reproduire coûte que coûte.

Vous voulez préparer ces options avant le travail ?
Le Journal de préparation à l’accouchement de Noralie Clarinette vous aide à identifier vos préférences, vos outils de gestion de la douleur et les stratégies que vous aimeriez essayer. L’objectif n’est pas de prévoir exactement comment se déroulera l’accouchement, mais d’arriver avec davantage d’options lorsque les sensations deviennent intenses.

13. Pourquoi la personne accompagnante peut-elle réellement aider à gérer la douleur ?

La personne accompagnante n’a pas besoin de « faire disparaître » la douleur.

Son rôle peut être beaucoup plus concret : appliquer une pression, préparer une source de chaleur, ajuster le TENS, protéger l’environnement, proposer un changement de position, guider une respiration ou simplement rester présente.

Le soutien continu pendant le travail fait partie des interventions non pharmacologiques pour lesquelles les données sont particulièrement intéressantes. Une revue Cochrane a retrouvé plusieurs bénéfices cliniquement significatifs et aucun dommage connu associé au soutien continu. (PubMed)

Ce que j’observe en préparation à l’accouchement

La difficulté n’est souvent pas le manque de bonne volonté de la personne accompagnante.

C’est le manque de plan.

Lorsque la personne en travail ne parle presque plus pendant une contraction, ce n’est pas nécessairement le moment idéal pour demander :

« Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? »

Il est beaucoup plus facile d’avoir déjà discuté de quelques possibilités : « Si tu as mal dans le dos, je peux essayer la pression au sacrum. Si tu as chaud, je peux chercher une débarbouillette froide. Si tu veux bouger, je peux t’aider à changer de position. »

Cela transforme la personne accompagnante d’observateur inquiet en membre actif de l’équipe.

C’est exactement pourquoi le Guide de la personne accompagnante existe.
Le Guide de la personne accompagnante de Noralie Clarinette permet de réfléchir avant le travail aux gestes qui peuvent aider, aux préférences de la personne qui accouche et à la façon de soutenir sans avoir à tout improviser lorsque l’intensité augmente.

14. Existe-t-il d’autres options non pharmacologiques ?

Une option moins connue est l’injection d’eau stérile.

De petites quantités d’eau stérile sont injectées sous ou dans la peau de plusieurs points de la région sacrée par un professionnel formé. L’injection provoque généralement une sensation de brûlure très intense mais brève.

Cette intervention est surtout étudiée pour la douleur lombaire importante pendant le travail.

NICE indique qu’elle peut être envisagée dans ce contexte et précise que le soulagement peut commencer environ dix minutes après l’injection et persister jusqu’à trois heures. (Nice)

Ce n’est évidemment pas une intervention à réaliser soi-même. Sa disponibilité varie selon les milieux de soins.

15. Et si les options non pharmacologiques ne suffisent pas ?

Alors il existe d’autres options.

Utiliser une péridurale, du protoxyde d’azote ou un analgésique ne signifie pas que les stratégies non pharmacologiques ont échoué.

Une personne peut avoir utilisé la chaleur pendant trois heures, le bain pendant une heure, le TENS et les contre-pressions, puis décider qu’elle souhaite davantage de soulagement.

Son besoin a simplement changé.

Les options pharmacologiques disponibles varient selon le pays, l’établissement, le déroulement du travail, les antécédents médicaux et la situation obstétricale. Il est donc préférable de discuter à l’avance avec votre équipe des possibilités disponibles dans votre lieu de naissance.

Protoxyde d’azote

Le protoxyde d’azote est inhalé à travers un masque ou un embout et agit rapidement. Il ne supprime généralement pas complètement la douleur, mais peut diminuer l’anxiété et rendre les sensations plus faciles à gérer.

Des étourdissements ou des nausées peuvent survenir. (Nice)

Analgésiques opioïdes

Des opioïdes peuvent être administrés par différentes voies selon le milieu de soins.

Ils peuvent diminuer la perception de la douleur, mais peuvent également entraîner de la somnolence, des nausées et certains effets respiratoires maternels ou néonatals selon le produit, la dose et le moment de l’administration. (Nice)

Péridurale et autres analgésies neuraxiales

La péridurale utilise des médicaments administrés près des nerfs de la colonne vertébrale afin de diminuer fortement la transmission des informations douloureuses provenant de la partie inférieure du corps.

L’analgésie neuraxiale est une méthode hautement efficace de soulagement de la douleur pendant le travail. ACOG recommande qu’elle puisse être offerte à n’importe quel stade du travail lorsqu’elle est souhaitée et appropriée. (ACOG)

D’autres techniques neuraxiales, comme la rachianesthésie ou la combinaison rachianesthésie-péridurale, peuvent être utilisées dans certaines situations. (ACOG)

Pour savoir quelles options sont appropriées pour vous, leurs avantages, leurs effets secondaires et leur disponibilité, discutez-en avec votre équipe médicale ou votre sage-femme.

Faut-il choisir entre un accouchement « naturel » et une péridurale ?

Non.

Cette opposition crée souvent une pression inutile.

Les stratégies non pharmacologiques et pharmacologiques peuvent se compléter.

Une personne peut continuer à utiliser la respiration, le changement de position, le toucher, la musique ou le soutien de sa personne accompagnante après avoir reçu une analgésie pharmacologique.

Une question utile à se poser est :

« Quelles options voudrais-je avoir à ma disposition, et comment pourrai-je adapter mon plan selon ce que je ressens ? »

Comment construire sa boîte à outils pour gérer les contractions ?

Dans ma pratique, je ne cherche pas à faire choisir aux personnes leur technique de gestion de la douleur.

Je préfère qu’elles aient plusieurs catégories d’outils.

Une sensation physique comme la chaleur ou le TENS. Une stratégie de mouvement. Une position de repos. Une façon de respirer. Une option de contre-pression. Une façon d’agir sur l’environnement. Une stratégie cognitive comme la visualisation. Et une compréhension des options pharmacologiques disponibles si elles deviennent nécessaires.

Il n’est pas nécessaire que toutes fonctionnent.

Il suffit qu’à chaque étape du travail, il reste quelque chose à essayer.

C’est aussi pour cette raison que je recommande de tester certains outils avant le début du travail lorsque c’est possible. Non pas pour prédire ce qui fonctionnera, mais pour éviter que tout soit complètement nouveau le jour de l’accouchement.

Questions fréquentes sur la gestion de la douleur pendant l’accouchement

Quelle est la meilleure méthode naturelle pour soulager les contractions ?

Il n’existe pas une méthode non pharmacologique qui soit la plus efficace pour tout le monde. Parmi les stratégies les mieux soutenues, le massage, la chaleur, l’eau et le soutien continu disposent de données relativement favorables. Leur efficacité individuelle demeure toutefois variable.

Comment soulager les contractions à la maison ?

Au début du travail, certaines personnes utilisent la chaleur, la douche ou le bain, le mouvement, différentes positions, le massage, la respiration, la musique ou le TENS.

Est-ce que le TENS empêche d’avoir une péridurale plus tard ?

Non. Le TENS peut être utilisé comme outil de confort sans empêcher le recours ultérieur à d’autres formes d’analgésie. NICE précise que d’autres méthodes de soulagement peuvent être utilisées parallèlement ou par la suite. (Nice)

Où faut-il appuyer pendant une contraction ?

Si l’objectif est une contre-pression, il n’est pas nécessaire de trouver un point d’acupuncture précis : la région sacrée ou lombaire où la personne souhaite recevoir de la pression peut être utilisée. Pour l’acupression traditionnelle, LI4, SP6 et BL32 font partie des points les plus étudiés. (PubMed Central (PMC))

Est-ce que l’utilisation du peigne pendant l’accouchement est prouvé scientifiquement ?

Nous ne disposons pas actuellement de données directes solides permettant de conclure que le peigne réduit la douleur du travail. Son mécanisme comme stimulation sensorielle concurrente est plausible, mais cela ne constitue pas une preuve d’efficacité.

Peut-on changer d’avis concernant la péridurale ?

Oui. Les préférences concernant la douleur peuvent changer pendant le travail. ACOG souligne également qu’il est raisonnable de reconsidérer les options de soulagement lorsque les besoins changent. (ACOG)

L’objectif n’est pas de contrôler l’accouchement, mais d’avoir des options

Il est impossible de savoir exactement comment vous ressentirez vos contractions avant de les vivre.

C’est précisément pourquoi une préparation utile ne consiste pas à construire un scénario rigide.

Elle consiste à comprendre ce qui se passe, connaître plusieurs façons d’agir et savoir vers quelles ressources se tourner lorsque les besoins changent.

La chaleur peut fonctionner pendant un moment.

Puis vous pouvez avoir besoin de bouger.

Puis de contre-pression.

Puis de silence.

Puis d’une péridurale.

Toutes ces décisions peuvent faire partie du même accouchement.

La meilleure boîte à outils n’est pas celle qui vous permet d’éviter à tout prix une option. C’est celle qui vous permet d’en avoir suffisamment pour continuer à faire des choix adaptés à ce que vous vivez.

Vous souhaitez préparer vos propres options ?
Le Journal de préparation à l’accouchement et le Guide de la personne accompagnante de Noralie Clarinette ont été conçus pour vous aider à réfléchir à vos préférences, aux stratégies que vous aimeriez essayer et au rôle que votre accompagnateur·rice peut prendre pendant le travail.

Vous ne savez pas encore quelles questions poser à votre équipe ? Le guide gratuit 10 questions pour faire des choix éclairés peut également vous aider à préparer ces échanges avant le jour de l’accouchement.

À propos de l’autrice

Eugénie Messier-Lamarche est physiothérapeute formée en rééducation périnéale et pelvienne. Dans sa pratique clinique, elle accompagne notamment des personnes enceintes dans leur préparation physique à l’accouchement et dans la compréhension des différentes stratégies pouvant être utilisées pendant le travail.

Cet article fournit de l’information générale à visée éducative. Il ne remplace pas une évaluation individualisée ni les recommandations de votre équipe médicale ou sage-femme. Les options disponibles et appropriées peuvent varier selon votre situation clinique et votre lieu de naissance.

Références principales

Les principales données présentées dans cet article s’appuient sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé concernant les soins intrapartum, les recommandations NICE sur la gestion de la douleur pendant le travail, les recommandations et ressources de l’American College of Obstetricians and Gynecologists, ainsi que sur les revues systématiques Cochrane concernant le massage, la relaxation, l’acupression et le soutien continu.

Les données plus récentes utilisées comprennent notamment la méta-analyse 2026 sur le TENS, la méta-analyse 2026 consacrée au point LI4, les revues sur l’immersion dans l’eau et les interventions corps-esprit, ainsi que la méta-analyse sur la chaleur pendant le travail. (Frontiers)

Eugénie Messier-Lamarche

Eugénie Messier-Lamarche, MSc, pht, est physiothérapeute formée en rééducation périnéale et pelvienne. À travers Noralie Clarinette, elle propose du contenu éducatif accessible et fondé sur les données scientifiques concernant la santé pelvienne, la grossesse, la préparation à l'accouchement, la récupération postpartum et la reprise des activités physiques.

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